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Retours d'activités

GR20 : un chemin à travers les montagnes, mais surtout un chemin vers soi

Par Enzo Lebreton•24 juin 2026•Temps de lecture : 7 min
GR20 : un chemin à travers les montagnes, mais surtout un chemin vers soi

Certaines expériences vous changent bien après les avoir vécues. Le GR20 fait partie de celles-là. Il s’agit d’une randonnée de 180 kilomètres et 13 000 mètres de dénivelé positif, et tout autant en négatif, que je suis parvenu à parcourir en 9 jours. Sur le papier, il ne s’agit que d’un défi sportif exigeant, mais sur le terrain, j’ai découvert une expérience profondément riche.

Dès les premières étapes, le corps impose ses limites biologiques et mentales. Marcher 10 à 12 heures par jour épuise, et la véritable épreuve est alors de réussir à trouver la motivation de se lever chaque matin, en sachant pertinemment à quoi va ressembler la journée, avec le manque de sommeil et les douleurs accumulées des jours précédents. On comprend vite que continuer d’avancer ne consiste pas à éviter la souffrance, mais à poursuivre malgré elle.

La véritable richesse d’un tel projet réside dans les relations humaines. Je croisais de nombreuses personnes chaque jour, retrouvant souvent les mêmes visages de refuge en refuge. C’est l’opportunité de converser avec des personnes de toutes les nationalités, de créer des liens, d’échanger et de partager sans tenir compte de l’âge, de la profession ou de tout autre élément qui, dans la vie quotidienne, aurait pu créer une distance. Nous étions tous là pour un seul et même but : terminer ce périple. Le lien se tissait naturellement, les tablées collectives des refuges et leur petitesse créant une promiscuité agréable qui forçait à la discussion.

J’ai partagé cette épreuve avec mon père. Traverser ces difficultés ensemble et s’entraider dans l’effort resserre les liens avec une intensité qu’aucune autre activité partagée n’avait su créer auparavant. Une telle expérience fait découvrir l’autre dans ses fragilités et ses doutes, et je n’aurais voulu vivre cela avec personne d’autre qu’avec mon fidèle partenaire de cordée.

Une autre richesse d’une telle expédition est le retour à soi et à la nature. Privé d’Internet tout au long du parcours, c’est une opportunité unique de prendre du recul et de mieux apprendre à se connaître. Affronter cette présence si souvent évitée, c’est aussi prendre le temps de lâcher un peu son téléphone et les réseaux sociaux pour se rendre compte de la richesse de ce monde. Ce n’est pas une situation à fuir, mais une occasion rare de structurer ses idées et d’être enfin en paix avec ses convictions, ses ambitions et soi-même. Ce genre d’épreuve transforme foncièrement un individu, forgeant la confiance en soi, la patience et la hargne de réussir à tout prix.

Cette prise de recul modifie inévitablement notre rapport au confort. Anesthésiés par notre niveau de vie, nous limitons souvent nos frustrations à une mauvaise connexion Internet ou à un fast-food fermé. Sur le parcours, l’échelle des valeurs s’inverse totalement. Le véritable luxe devient alors la garantie d’une boisson fraîche à l’arrivée, la perspective de dormir sur un vrai matelas en dortoir plutôt que dans une tente, ou la chance de prendre une douche dont l’eau chaude n’est disponible que quelques heures par jour. Cette privation matérielle force à réaliser la valeur de nos acquis. Il est important de garder en tête que ce luxe, qui n’apparaît au final que comme une banalité, est un privilège que bon nombre de personnes, juste à côté ou à l’autre bout du monde, n’ont pas.

Parfois, le chemin semble interminable. 180 kilomètres, comment pourrais-je imaginer que je serais capable de faire ça ? Mais au fond, ce ne sont que vingt kilomètres par jour pendant neuf jours. Les troubles psychiques fonctionnent ainsi, comme un long chemin chaotique dont l’arrivée n’est jamais visible au commencement, mais qui existe bel et bien. Vos 20 premiers kilomètres consisteront simplement à confier à une personne de confiance que vous avez besoin d’aide. Face à l’incertitude ou à l’ampleur d’une épreuve, la seule méthode pour y croire encore un peu est de baisser les yeux et de se concentrer sur l’étape suivante : faire un pas de plus.